PANDÉMIE : PAS DE COMPLOTISME, MAIS LE RAPPEL DE QUELQUES FAITS

Pour une fois, je ne fais pas dans la dérision. Je préviens, c’est long à lire. Mais des fois, les choses compliquées demandent du temps pour être exprimées.

Certains demandent la destitution du Président de la République, voire la comparution de membres du gouvernement Philippe devant la Cour de justice de la République.

La rédaction de l’article 68 de la Constitution est très vague. Bon courage à ceux qui voudraient s’en servir pour destituer le Président. D’ailleurs, est-ce la bonne question?

Cette pandémie a pris la Terre entière, dont les pays dits développés, au dépourvu. Tiens ! Pour une fois, un épidémie n’est plus réservée aux Républiques bananières et aux dictatures africaines ! De façon inégale, certes, mais partout, les services de santé sont au bord du gouffre.

Concernant la France, ce qui nous préoccupe en premier lieu, Macron et son gouvernement ne sont que les liquidateurs finaux du service public, parachevant des réformes menées depuis plus de 40 ans. Avec une date pivot, la création des agences régionales d’hospitalisation (ARH) en 1996, devenues, par la suite les agences régionales de santé (ARS), imposant des méthodes de gestion par objectifs budgétaires incitant les hôpitaux à privilégier les actes médicaux « rentables« .

On découvre, aujourd’hui, que le covid-19 ignore les objectifs budgétaires. Comme je suis surpris !

Cette stratégie, on la connaît dans toute la fonction publique. Pôle emploi, les douanes, l’Éducation nationale, EDF, la Poste, etc…

En ce sens, la France s’inscrit dans un mouvement mondial de diminution du rôle des États par une longue suite de réformes néo-libérales. La situation d’aujourd’hui est la conséquence de décisions politiques prises depuis des décennies. J’en sais un tout petit quelque-chose. J’ai été administrateur, pendant 10 ans, d’une polyclinique adhérente à la FEHAP, qui est une fédération privée d’établissements hospitaliers privés, à but non lucratif.

J’ai donc assisté au début de ce qu’on peut qualifier du saccage du système de santé. La liste des responsables est longue. Un exemple, un seul. Raymond Barre, 1er Ministre de Giscard, qui a imposé un numerus-clausus drastique, avec l’assentiment de certains syndicats de médecins, jamais remis en cause par ses successeurs. Maintenant, on manque de médecins et on doit en importer! Le rôle d’un gouvernant n’est-il pas de prévoir dans la mesure du possible? Même si on ne peut tout prévoir, bien sûr. Mais au moins faire en sorte qu’un service aussi précieux que le système de santé soit en bon ordre de marche quand l’imprévisible arrive?

Il faut avoir de la mémoire. J’ai en tête les affaires du distilbène, de la maladie de Kreutzfeld-Jacob, du sang contaminé, du médiator, etc… Regardez-y de près. À chaque fois, les services de santé ont été défaillants dans leur devoir de prévention. Un système de santé, ce n’est pas que le soin. C’est aussi la recherche, la prévention et le contrôle. Mais comme on sabre dans les budgets, on recherche moins, on prévient moins et on contrôle moins. CQFD.

Depuis des années, les professionnels de santé, les sommités médicales, les chercheurs alertent. On les écoute, mais on ne les entend pas, pire, on ne veut pas les entendre, empêcheurs qu’ils sont de faire tourner les chiffres en rond comme aime à le faire tout énarque de base. Une petite plaisanterie ? Si tu confies la gestion du désert du Sahara à un énarque, un an après, il faut racheter du sable. Mais je digresse…

Alors, la destitution du petit marquis entré à l’Élysée par effraction, même si ça me ferait plaisir, est anecdotique. Dès que la crise sera finie, les affaires reprendront et les guignols qui prétendent nous gouverner mettront tout ça sous le tapis.

Restent les commissions d’enquête parlementaires. Voyons ça de près. Une commission de l’Assemblée nationale? Faut pas rêver. LaREM dispose d’une majorité telle qu’il ne faut rien en attendre. Une commission d’enquête sénatoriale? Je pense également qu’il ne faut rien en attendre. Le Sénat est à droite, et la droite ne voudra surtout pas risquer que l’on sorte ses propres cadavres (nombreux) du placard. Pas plus que les sénateurs socialistes. Là-dessus, ils seront d’accord. Il y aura peut-être des commissions d’enquête, mais seul le pouvoir en place sera visé. En aucun cas un bilan objectif des politiques de santé successives.

C’est bien sur le terrain politique que le combat doit avoir lieu. Mais y’a du boulot. Les gouvernements de gauche comme de droite ont convaincu une majorité de citoyens « qu’ils avaient trop profité« , ou que « ces salauds d’Arabes viennent manger le pain de nos Portugais« , comme le disait Coluche. Le niveau de conscience politique, dans ce pays, est en coma dépassé. Les valeurs de solidarité perdent chaque jour du terrain au profit du « moi- ma gueule » symbolisé par le vidage des rayons de pâtes et de PQ ou par l’invitation faite, par leurs voisins, aux personnels soignants des hôpitaux d’aller se faire voir ailleurs. Même si ces réflexes semblent minoritaires, ils n’en sont pas moins révélateurs.

Sur France-culture et ailleurs, quelques personnalités interviennent brillamment pour faire passer ce message: « profitons de cette crise pour nous poser les vraies questions et trouver les réponses liées à l’avenir de la planète et donc, celui de l’humanité. » Je les écoute avec attention. Mais, comme les experts du GIEC, ils parlent dans le vide sidéral des lieux de pouvoir.

Les usines vont reprendre leurs activités. Apple sortira un énième Iphone. Renault, Peugeot, Toyota et les autres, sortiront le nouveau modèle qu’il faut absolument avoir. Et les consommateurs, frustrés pendant tant de semaines, se précipiteront dans les grandes surfaces et sur les sites de vente par correspondance, qui, soit-dit en passant, se réjouissent de cette pandémie dont ils espèrent tirer profit pour augmenter leurs parts de marché.

Les seules choses véritablement partagées, dans ce monde, sont l’égoïsme et la cupidité. Et, comme d’habitude, nous, qui ne sommes rien, on passera à la caisse pour payer le désastre. Ceux qui nous gouvernent et leurs mandants seront à l’abri, dans les résidences sécurisées qu’ils se construisent depuis longtemps autour de leurs coffres-forts.

Sauf, et j’essaie de terminer sur une note d’humour, que les virus ne demandent pas l’autorisation aux agents de sécurité pour y pénétrer…

Bien à vous

Docteur Cherblanc & Mister Poivrot

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