DU VOCABULAIRE POLITIQUE (mai 2019)

Je ne sais plus qui a dit « l’information sert ceux qui la reçoivent. La communication sert ceux qui la font. » Les politiciens n’informent pas, ils communiquent grâce à des communicants payés avec nos impôts. Les politiciens ont un langage bien à eux, destiné à embrouiller le pue-la-sueur de base. Ça s’appelle la « xyloglossie » du grec ancien, xulon, le bois et glossa, la langue. En français, la langue de bois.

En règle générale, une fois que le politicien a causé, on n’a pas compris grand-chose. La xyloglossie n’est pas qu’une question de vocabulaire, mais aussi un exercice de style. Répondre à côté de la question, promettre d’y répondre plus tard, ou ne pas y répondre ou bien encore renvoyer la question au journaliste ou à l’individu obséquieux qui se prétend l’être sont autant de figures de rhétorique qui s’imposent aux individus qui font un métier de leur prétention à diriger la nation.

Pour autant, il est possible de deviner leurs intentions maléfiques à notre égard. Il est des mots, des expressions, qui doivent être autant d’alertes, de petites lumières rouges pour les cerveaux qui rechignent à se rendre disponibles pour Coca-cola sur TF1. En voici quelques exemples :

Tabou : chez un politicien ordinaire, c’est l’annonce d’une décision imminente visant à réduire une prestation quelconque – allocation chômage, retraite, remboursement maladie, etc… Par exemple : « le régime d’assurance chômage n’est pas un sujet tabou. » Traduit en clair : il faut réduire le montant des allocations et leur durée de versement.

Mettre à plat : équivalent de « faire table rase du passé . » Par exemple : « il faut mettre à plat notre modèle social » équivaut à « si on pouvait le supprimer, ça serait bien. »

Réformer : ce terme, autrefois à connotation positive est devenu menaçant. Dès qu’un politicien l’emploie, sortez la vaseline ! Exemple : « Il nous faut réformer le Code du travail. » Traduction : « le Code du travail compte 2889 pages. Si on pouvait le réduire à deux, ça serait bien. »

Modernisation : alors là, il faut de la vaseline haute sensibilité. C’est la bombe atomique dans le troufignon. Exemple : « il nous faut moderniser le marché du travail. » Traduction en clair : « il faut contraindre les chômeurs à prendre le premier boulot venu, sale, précaire et mal payé. Ça fait 40 ans que ces branleurs nous pourrissent la vie. Ça suffit ! »

Archaïsme : c’est l’attachement à certaines valeurs de solidarité et de générosité désintéressée qui s’opposent à l’individualisme et à la cupidité qui caractérisent nos élites économiques, financières et politiques. Exemple : « Les grèves qui perturbent actuellement la vie quotidienne de nos concitoyens sont le signe d’un archaïsme qui empêche le pays d’évoluer. »

Si un matin, à la radio, vous entendez un politicien dire : « Nous sommes engagés dans une politique de modernisation de notre pays. Il nous faut, sans tabou, en faisant fi des archaïsmes, mettre à plat notre modèle social, afin de le réformer », attendez-vous au pire. Faites des stocks de museau vinaigrette et de vaseline de qualité premium et prenez rendez-vous au plus vite chez votre proctologue, en prévision des jours sombres qui vous attendent…

Allez, bonjour chez vous !

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