LA SIRÈNE ET ARISTOTE (mai 2019)

Copyright Antoine Quaghebeur

Il n’a sûrement échappé, à aucun de ceux qui ont la bonté de me lire, que mon port d’attache est Dunkerque, sise en ce bout de terre arraché successivement à la mer, aux Espagnols et aux Anglais en des temps lointains. Chacun doit avoir un port d’attache. Ça devrait être garanti par l’ONU et les conventions internationales. C’est un droit inaliénable mais pas encore en vigueur, hélas.

Dunkerque prouve que nous ne sommes pas seulement un pays latin. La France est un pays du sud, de l’est, de l’ouest et du nord. Elle est le Finistère de l’Europe. La cité de Jean-Bart en est le point cardinal septentrional. Je souligne, au passage, que notre corsaire national ne parlait pas le Français mais le flamand. Ça ne l’a pas empêché de sauver la France de la famine, lors de la bataille du Texel, au large de la Hollande, le 29 juin 1694, en capturant une flottille de 170 navires bataves chargés de blé. À Dunkerque, il y a un pont baptisé Pont de la bataille du Texel. Mais les Dunkerquois, humoristes patentés, parlent du pont du teckel…

Ma mère a vu la mer ici, pour la première fois de sa vie à notre arrivée en 1956. À sa grande surprise, elle s’est écriée, à la vue de la grande étendue grise « je croyais que la mer était bleue ! » Un dunkerquois farceur lui a expliqué que c’était les immenses bancs de harengs qui batifolaient au large du banc aux phoques qui donnaient cette couleur particulière à la Mer du Nord. Les Dunkerquois sont taquins par nature. Ils ne peuvent s’en empêcher. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime mes concitoyens. Je ne sais si ma mère l’a cru. Mais je digresse. Venons-en donc au fait.

La sirène de Dunkerque, œuvre du sculpteur Léopold Franckowiak, marque depuis 1989, l’entrée du port de Dunkerque. Elle a connu une histoire mouvementée, trop longue pour être racontée dans ce court billet, entre accident de rupture de chaîne, échouage et manigances tatillonnes de l’administration. Les personnels des Phares et balises du port corsaire – Saint-Malo n’est pas le seul repaire de corsaires, n’en déplaise à nos frères bretons – se sont mobilisés dès le départ en faveur du projet. L’oeuvre figure sur les cartes maritimes. Depuis trente ans, elle porte chance à ceux qui prennent la mer et salue ceux qui en reviennent sains et saufs.

Elle avait besoin d’une réfection en profondeur, après toutes ces années à subir les embruns et les accidents. C’est mon ami David Godin, pilier de l’Éducation nationale, sauveteur en mer émérite et accessoirement chroniqueur historique de La vigie de la Citadelle & de Dunkerque réunis, le fanzine mondialement connu à Dunkerque, qui s’en est chargé. La sirène a enfin été remise à l’eau.

Il se dit que les marins des petites embarcations, pêcheurs ou plaisanciers, s’approchent d’elle afin de lui caresser les rondeurs d’une main coquine avant d’affronter la rudesse des flots de cette mer septentrionale. Il paraît que ça porte bonheur. Je ne demande qu’à y croire, même si je pense qu’être superstitieux porte malheur. Mais comme je suis un rêveur connu comme le houblon, alors, cette rumeur me plaît bien.

Et Aristote, qui figure en titre de ce billet, qu’a-t-il à voir ici ? Rien d’autre que l’une de ces citations : « Il y a trois sortes d’hommes, les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. »

Deux liens pour en savoir un peu plus…

https://kessadi.fr/david-sirene-histoire-damour-de-mer/

http://franckockowiak.fr

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