MIRACLE À OSTENDE (mai 2015)

Il est de ces pays à cheval sur les frontières et qui ignorent ces dernières. On pense souvent à la Catalogne ou au Pays Basque, rarement à la Flandre, partagée de nos jours, par les hasards de l’histoire, entre la France et la Belgique. La Flandre, dont il faut rappeler qu’elle fît partie intégrante de la couronne d’Espagne pendant près de 150 ans, du 16ème au 18ème siècle. De Lille à Gand et de Luxembourg à La Haye.

Flamande, néerlandaise, gallicane, j’aime cette contrée où je suis arrivé sans que l’on me demande mon avis, en 1956. J’y ai grandi et j’y ai vécu 50 ans. C’est ma niche à moi. Je me fiche des tracés administratifs. Que ce soit à Dunkerque, Lille, Ostende ou Knokke-le-Zoute, je m’y sens chez moi. D’autant que cette région est transfrontalière. Je n’aime pas les frontières. Les frontières m’emmerdent. Les frontières ne protègent pas, bien au contraire. Les frontières séparent et divisent les humains.

La Flandre, c’est le « plat pays ». Et il est plat des deux côtés de cette satanée frontière. Bon. Vous l’aurez compris, j’aime ces polders, gagnés à la force des bras sur la Mer du Nord et je me fous de la nationalité de celles et ceux qui les peuplent. Des deux côtés, on aime les moule frites arrosées d’une bière bien mousseuse. La bouffe a toujours rapproché les gens en dépit des efforts constants des politiciens de tous poils pour les opposer.

Bon. J’en viens à l’essentiel. En 2006, je suis tombé amoureux d’une Normande, une Cauchoise pur jus, une vraie de vraie, avec du caractère, en veux tu en voilà. Ne me demandez pas dans quelles circonstances, ça ne vous regarde pas. Nous avons décidé de nous mettre « en ménage », comme on disait dans le temps. Il fallait faire un choix. J’ai donc quitté la Flandre pour rejoindre ma belle en sa Normandie natale. Une passion, la cinquantaine venue, est un cadeau de la vie qui mérite quelques efforts auxquels j’ai consenti sans regret. D’autant que nos modernes traction-avant et un réseau routier correctement goudronné me permettent de faire des pèlerinages fréquents en ma terre d’enfance.

Un beau soir d’avril 2008, il nous fallait décider de ce que nous ferions de notre ouiquende. J’ai proposé d’aller visiter Ostende. J’ai donc réservé une chambre d’hôtel, à proximité du casino et de sa rotonde.

Le samedi matin, nous prenons la route. Rouen, Amiens, Lille puis nous franchissons la frontière belge (les Belges, quant à eux, franchissent la frontière française, mais les Belges sont si taquins).

Nous bavardons gaiement, alors que nous roulons vers la côte. À un moment, j’explique à ma belle que les ciels flamands sont bien différents des ciels normands. Une des raisons, entre autres, pour lesquelles les peintres flamands sont si réputés. « Et en quoi sont-ils si différents ? » me demande-t-elle. » Pris au dépourvu, je ne sais que lui répondre dans l’immédiat. Puis, je me souviens. « Tu vois, à Ostende, quand le temps s’y prête, il y a des nuages bas, colorés de rouge, de bleu, parfois violacés. Il arrive que les rayons du soleil les transpercent et qu’ils ornent la crête des vagues grises de l’or le plus pur. C’est magique. Un peintre ostendais, James Ensor a su rendre cette beauté. »

Arrivés sur place, nous prenons possession de notre piaule et filons sur la digue, devant le casino. Au passage, une affiche nous rappelle que nous avons raté le concert d’Arno, natif du lieu, donné la veille au soir. Puis, tournant nos regards vers la mer, la belle surprise. Les nuages colorés étaient là. Et la crête des vagues brillait de tout l’or offert par le soleil de ce frais après-midi de printemps. « Tu l’as fait exprès, tu as préparé ton coup ou quoi ? » Elle m’a regardé comme si j’étais une sorte de sorcier. Je n’ai su que lui dire. Alors, je l’ai embrassée.

Tout n’est pas parfait, dans la vie, je n’ai pas pu lui montrer « les chevaux de la mer. » Ils étaient en grève ou en RTT. Ça ne nous a pas empêchés, le soir à table, de déguster ces délicieuses croquettes de crevettes grises de la Mer du nord, le plus goûteux de tous les crustacés.

Le mois prochain, nous retournerons à Ostende…

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2 commentaires sur “MIRACLE À OSTENDE (mai 2015)

  1. Belle chronique regorgeant de souvenirs et d’impressions bien personnelles mais avec une telle passion que celle-ci est communicative.
    J’ai pourtant d’autres souvenirs d’Ostende comme de La Haye trop bourgeoises à mon goût mais il est vrai que je n’ai fait que prendre le pouls de ces cités. Je leur avoir préféré Rotterdam ou Anvers et Hambourg avec leur univers plus glauque, plus cosmopolite et ô combien moins conventionnel qu’en pays de France. C’était il est vrai voila bien 40 ans et il me faudra bien un jour aller y refaire un petit tour.
    Bien amicalement
    Gérard

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