ALLAIN LEPREST, LE CLOCHARD CÉLESTE (septembre 2015)

Un beau soir de printemps 2008, mon amie, qui trouve que j’ai tendance à me faire du gras, côté neurones, me traîne dans une ch’tite salle de spectacle fort sympathique de Darnetal, dans la banlieue de Rouen, qui s’appelle La puce à l’oreille. Pour aller écouter Allain Leprest. Allain Leprest ? Anne me l’avait fait découvrir grâce à quelques CD, mais je n’avais pas accroché.

Je me suis installé dans mon fauteuil. À huit heures trente pile, Allain Leprest est arrivé sur scène, à l’étonnement de beaucoup, vu que ce n’est pas son habitude d’arriver à l’heure. À Rouen, sa patrie, il se dit même que, parfois, il lui est arrivé de ne pas venir du tout…

À l’époque, Allain Leprest était en convalescence d’une « longue et cruelle maladie » selon l’expression convenue. Il s’en était heureusement sorti.

Vêtu d’un pantalon trop long, d’une chemise trop large, d’un veston au tissu élimé et d’une casquette de cuir, la silhouette amaigrie, à la démarche hésitante, a empoigné le micro après que les lumières se fussent éteintes.

L’artiste au visage émacié a chanté. Son regard bleu, extatique, m’a transpercé Sa voix éraillée, au verbe lent, puissant et précis, m’a touché en plein cœur. Il me semblait que chaque mot m’était personnellement adressé, souligné par la beauté de la musique composée par Romain Didier, son complice de longue date.

Pour son retour sur scène, après de longs mois d’absence, Allain Leprest a eu ce soir-là, quelques trous de mémoire. Aussitôt, son public l’aidait spontanément. L’un de ses proches, qui connaissait son répertoire par cœur, est même monté sur scène pour le seconder. Un grand moment d’émotion.

L’homme, tout à la fois mime et marionnette, écrasait la petite salle de sa présence lunaire, toute empreinte d’une poésie à la gravité goguenarde. À la fin de chaque chanson, il usait de sa main comme pour nous inviter à aller voir ailleurs si ses rêves s’y poursuivaient.

À l’issue du concert. J’ai vu Allain Leprest sortant de sa loge, épuisé, las, mais rayonnant.

Il s’est suicidé le 15 août 2011 à Antraigues-sur-Volane, le village d’adoption de Jean Ferrat, son ami.

Si Allain Leprest n’a pas eu la reconnaissance du grand public, il a toujours rempli les salles intimistes qui lui convenaient parfaitement. Et ses pairs lui ont rendu hommage en interprétant ses chansons composées avec Romain Didier, ou en collaborant avec lui : Anne Sylvestre, Michel Fugain, Adamo, Clarika, Olivia Ruiz, Loïc Lantoine, Hervé Vilard, Sanseverino, Daniel Lavoie, Enzo Enzo, Jacques Higelin, Francesca Solleville, Richard Galliano ou bien encore Jean Guidoni pour n’en citer que quelques-uns.

Je l’ai revu à deux reprises. À chaque fois, il m’est apparu tel un clochard céleste…

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Un commentaire sur “ALLAIN LEPREST, LE CLOCHARD CÉLESTE (septembre 2015)

  1. Bravo Hercule pour cette plume que j’adore et ce bel hommage à cet artiste à l’originalité si grande et à la personnalité si forte. C’est vrai que même sans une voix de chanteur, il savait transmettre ses colères et ses humeurs au travers de ses textes et interprétations.
    Amicalement
    Gérard

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