Mes ports du nord (avril 2013)

Marseille, Barcelone, Naples. Ces ports ont leurs odeurs, leurs atmosphères remarquables, faites de vin, d’ail de safran et de coriandre.

Mais moi, ce que j’aime, c’est les ports du nord. Les ports du Nord sentaient le sel, l’iode, le fuel et un vague fumet putride. La nuit, la lueur blafarde de la lune jointe à celle faiblarde des candélabres éclaire chichement les bassins peuplés de ces cargos fantômes arrivés pour quelques jours. Naguère, les marins visitaient ces villes du nord, se mêlaient à la population locale, peuplaient les bars, claquaient leur paie puis, repartaient pour des destinations lointaines : Djeddah, Buenos-Aires, Santiago de Chile, San Francisco, Guyaquil ou Valparaiso.

Le Havre, le port le plus au sud de ce Nord très certainement blême au yeux de mes chers amis du midi ; Dunkerque, improbable citadelle flamande, frontière septentrionale de cette France dite latine, oublieuse de ses racines germaniques, et ses quais pavés de bleu, luisant sous les averses venues du sud-ouest ; Rotterdam et ses innombrables hangars anonymes jouxtant des centaines de grues, géantes de fer, tours Eiffel des dockers. Et le port d’Anvers, si proche du centre briqueté de la capitale de la Flandre belgique, proprette bourgeoise prospère, jadis fleuron de l’empire espagnol.

Brel a chanté le port d’Amsterdam ?

Désormais les marins n’y mangent plus de poissons ruisselants ni de frites. Les porte-conteneurs ne leur en laissent plus le temps. Plus d’accordéon, plus de frottement de panse, plus de Batave ramenée à la pleine lumière. Aussi vite arrivé, aussi vite déchargé. Aussi vite parti.

Les bars à marins n’existent plus, ni au Havre, ni à Dunkerque où la « rue de la soif » les accueillait avec sensualité, ni à Anvers, ni à Amsterdam, ni à Rotterdam. Restent la nuit blafarde et les quais mouillés par la pluie du nord, et le rêve…

On s’écoute Suzy Solidor ?

« Et si je ne sais pas son nom

Je connais celui du navire

Un navire qui s’est perdu

Quant aux marins, nul n’en peut plus

Rien dire… »

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2 commentaires sur “Mes ports du nord (avril 2013)

  1. Un bien joli texte avec les odeurs et décors de ces ports qui me renvoient à Caussimon dans ‘Comme à Ostende’ ou Louis Brauquier, poète marseillais du XX°, officier de la marine marchande dont l’œuvre est consacrée essentiellement au monde maritime.
    Bien amicalement
    Gérard

    J'aime

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