C’ÉTAIT MIEUX AVANT, VRAIMENT ? (janvier 2016)

Salut, c’est Hercule !

Ben oui, c’était mieux avant, bande de guignols, puisqu’on vous le dit ! Bon. C’était mieux avant, oui, mais quand ?

Si on se réfère au moyen-âge, ça rigolait pas beaucoup. Tu trimais comme un hareng – mauvais jeu de mots, « tu trimaran », comme disait Tabarly, avant de finir dans l’estomac des morues galloises – tu trimais donc dans ton champ, disais-je, le soc tiré par un bourricot famélique. À peine récolté, le fruit de ton labeur était confisqué par le seigneur du coin, l’exploiteur de l’époque, ancêtre de nos énarques et autres boursicoteurs qui faisaient (déjà) fortune à la sueur de ton front et qui ne te laissait qu’une poignée de rogatons pour ne pas crever de faim, quand il ne saccageait pas tes labours lors de ses parties de chasse.

C’était mieux avant, du temps de la révolution ? Peut-être. Si tu n’avais plus de pain, on te promettait de la brioche, comme aujourd’hui la fin du chômage, sachant que la différence entre le chômage de droite et le chômage de gauche n’est toujours pas clairement établie.

Mais un seul mot de travers et on t’envoyait te faire baiser par la veuve en place de grève, grève, faut-il le souligner, qui était interdite à l’époque.

Si les temps étaient enthousiasmants, ils étaient si dangereux que tu avais peu de chances d’arriver à l’âge de la retraite. Ce qui d’ailleurs tombait bien, vu qu’on n’avait pas encore inventé les caisses de retraite. Enfin si. La seule caisse de retraite, à l’époque, était en bois avec quatre poignées. T’avais droit en même temps à la veuve et à la poignée. D’où l’expression favorite des guillotinés facétieux : la veuve poignet. Rigolo, non ? Non ? Bon, Je continue…

C’était mieux avant, du temps du maréchal ? Les plus nostalgiques, nous disent qu’au moins, dans ce pays bordélique et ingouvernable, l’ordre a régné pendant au moins quatre ans, tout en réduisant le trou de la sécurité sociale, qui n’existait pas encore, grâce à un régime sain à base de rutabagas et de pain de sciure de bois. Ils ont fait plus de 25 % des voix aux dernières régionales, très certainement pour honorer leurs grands anciens qui ont fini au peloton d’exécution après les procès de la libération. Et, oserais-je le dire, c’était mieux les tractions, avant ? Ok, c’est nul…

C’était mieux avant, du temps des trente glorieuses, qui n’ont duré que 17 ans ? Quand les prolos étaient enchaînés à leurs machines, 45 heures par semaine pour un salaire de misère, qu’ils allaient dépenser dans les premiers temples de la consommation qui salopent désormais les abords de nos villes, en écoutant Michel Delpech braillant « pour un flirt avec toi », pendant que le pouvoir interdisait Hara-Kiri et envoyait les bleus matraquer les manifestants de tous poils.

C’était mieux avant, quand nos gonzesses devaient se tailler chez les Bataves ou chez les Britishs pour se débarrasser des polichinelles qui encombraient leurs tiroirs, pendant que les coupables brandissaient leurs bites ailleurs et que le Président de la République chassait l’éléphant à l’invitation de nos rois nègres ?

C’était mieux avant ? Du temps des Maritie et Gilbert Carpentier et autres Guy Lux qui se chargeaient d’endormir la France, à grands renforts de Sacha Distel, Claude François et autres François Valéry, pendant que nous nous épuisions à la réveiller, avec nos slogans et nos pancartes à la con.

C’est mieux maintenant ? Non. C’est tout pareil. On a remplacé les Carpentier et Guy Lux par Hanounah et Ruquier.

À Pétain, a succédé la blonde richissime de Montretout qui fait sa fortune sur la misère des pauvres. Au pouvoir divin de nos rois a succédé la monarchie républicaine, simplement, on change (pas toujours) de souverain tous les cinq ans. On ne garde plus sa traction avant pendant quinze ans. On nous invite à changer notre déplaçoir à roulettes tous les deux ans pour sauvegarder des emplois qui disparaissent quand-même.

Finis les mouchoirs de Cholet, remplacés depuis des lustres par les mouchoirs jetables. Le magasin de fringues « Au vrai chic parisien », tenu, au coin de ma rue par Mme Armande a disparu depuis longtemps, remplacé par une franchise qui nous vend du t-shirt fabriqué par des esclaves vietnamiennes.

Mais, mais, mais… comme dirait l’ami Daniel Mermet. Le monde avance. On ne sait pas très bien dans quelle direction. Mais c’est comme ça depuis toujours. Je noie mon pessimisme dans quelque liqueur écossaise ou irlandaise gouleyante et je me persuade que le meilleur est à venir. J’emmerde les passéistes, les cétaitmieuxavantistes.

Je suis vivant et pas près de crever. Et je profite de chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui me sont donnés. J’emmerde tous les empêcheurs d’aimer en rond, tous les connards qui veulent nous dresser les uns contre les autres.

J’emmerde Johnny Hallyday, inlassable adversaire de l’impôt solidaire sur le revenu.

Que ce clown pitoyable retourne chez lui en Belgique, en Suisse ou au diable. Il n’aime les Français que quand ceux-ci alimentent son compte en banque en laissant à ces derniers le soin de régler à sa place, l’impôt qu’il prétend confiscatoire. Confier la mission à cet individu, parangon de l’égoïsme le plus étroit, de vanter l’unité de la nation est une infamie. A-t-on au moins vérifié, au préalable, qu’il était en règle avec l’administration fiscale ?

Dommage que la talentueuse Jeanne Cherhal se soit prêtée à cette pantalonnade. Mais on lui pardonne, tant se sont fait avoir par cet imposteur. J’encourage les rescapés de Charlie de continuer à nous le soigner…

Ceci étant, j’aime mon prochain, surtout ma prochaine, entre nous soit dit.

Auditeur, lecteur, je suis à bouche que veux-tu avec toi. Y’a aussi les femmes et celles qui me plaisent le plus en ce moment, c’est les parisiennes du groupe Brigitte. Belles, intelligentes et talentueuses. C’est cadeau ! Mort aux cons et vive le futur !

Bonjour chez toi !

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LES COMMERCIALES DE LA START-UP NATION

Chez les En marche, il y a trois femmes qui attirent mon attention. Amélie de Monchalin, secrétaire d’État aux affaires européennes, 33 ans ; Aurore Bergé, députée de la 10ème circonscription des Yvelines, porte-parole de LREM, 32 ans ; Marlène Schiappa, Secrétaire d’État à l’égalité femmes/hommes, 36 ans.

Elles présentent des caractéristiques communes. Elles ont, à l’aube de leur carrière politique, résolument renié leurs convictions politiques de départ, la droite pour Montchalin et Bergé, la gauche socialiste pour Schiappa, à l’image des vieux schnockes recyclés par la blanchisserie Macron. On le voit, le talent n’attend pas le nombre des années. Je suis curieux de voir où elles seront dans dix ans.

Il semble que les parcours politiques sinueux, exceptionnels à une époque, fassent désormais partie d’un itinéraire normal, admis par l’électeur de base. « Il n’y a plus de gauche ni de droite, mon brave Monsieur ! » Comme on disait avant, « il n’y a plus de saison. »

Autre point commun, c’est l’appétence pour les médias. Bon, çà, c’est pas nouveau, leurs aînées et aînés leur ont montré le chemin. Pas une journée sans que l’une où l’autre ne passe à la radio, la télé ou les réseaux sociaux, où elles assènent des vérités absolues, avec une pratique de la langue de bois que leurs prédécesseurs ont mis des années à maîtriser. L’absence totale de doute sur quelque-sujet que ce soit est sidérant. Le discours est assuré, sans la moindre incertitude.

Elles débitent leur boniment au rythme d’une mitrailleuse au point que l’on a du mal à saisir le vide de leur pensée idéologique. Tout est prononcé avec une voix aussi haut-perchée que leurs talons-aiguilles réglementaires le leur permettent et les phrases se terminent systématiquement sur une finale aigüe.

À peine la question est posée par le journaliste que la réponse jaillit instantanément à la vitesse d’un TGV, sans la moindre seconde d’hésitation, de réflexion, comme quand je servais à toute berzingue, à mon instituteur, la récitation apprise par coeur. Paraît que, maintenant, ça s’appelle des éléments de langage.

Même si on ne les voit pas, on sent les incisives des trois politiciennes précocement rompues au rayage de parquet.

En même temps, ça rassure. On sent que la relève des prochaines décennies est assurée, une fois que nos vieux guignols auront pris leur retraite, en liberté ou au cachot. Un conseil au crocodiles quadragénaires qui gigotent encore dans le marigot, ne tournez pas le dos à ces trois là. Elles sont prêtes à vous bouffer le cuir sur le dos.

Avant, je parlais des clowns qui nous gouvernent, maintenant, c’est des clones…

L’ALZHEIMER OU L’OUBLI BIENVEILLANT ? (février 2017)

Salut, c’est Hercule !

« Ce qui est bien avec l’alzheimer, c’est qu’on se fait de nouveaux amis tous les jours, disait l’humoriste. » Une autre ?

« Je bois pour oublier. Pour oublier quoi ? Que je bois. »

Ils sont innombrables, les aphorismes liés à l’oubli, la mémoire. Moi, je n’oublie pas grand-chose. Les amis, en premier lieu mais aussi les cloportes qui, à un moment ou un autre ont cherché à me pourrir la vie. Je ne suis pas vraiment rancunier, je suis même capable de pardonner, mais je n’oublie jamais rien. Jamais.

Bon, après, je suis comme tout le monde. Dans mon foyer, c’est moi qui fait les courses. Si je n’oublie jamais d’acheter ma caisse de whisky, il m’arrive d’omettre la ration hebdomadaire de museau-vinaigrette. Comment ça peut arriver, me direz-vous, chers auditeurs et surtout chères auditrices ? En fait, je prépare bien une liste de courses mais il m’arrive fréquemment de l’oublier à la maison.

Je suis aussi très fâché avec les dates, les dates d’anniversaire, en particulier. J’ai particulièrement honte quand un proche, famille ou ami me le souhaite avec chaleur alors que je ne lui souhaite jamais le sien. Il m’est arrivé, par le passé, d’oublier celui de ma fille. Oui, j’ai en effet contribué à perpétuer la race, ce en quoi j’ai eu tort, car la multiplication des humains pose un vrai problème de survie de la terre. Mais foin de digression. Je suis très fier, chaque année, de lui passer un coup de fil, sauf qu’il m’arrive de me tromper de jour. Je ne sais jamais si c’est le 9 ou le 10 janvier. Elle ne me fait plus de remarques à ce sujet. Aurait-elle accepté que le temps passe aussi pour l’individu qui lui sert de géniteur ? Méfiez vous. Quand votre entourage commence à faire preuve d’indulgence à votre égard quant à vos petits oublis, c’est mauvais signe…

Il y a aussi l’amnésie collective, une forme d’oubli particulièrement grave. Mais j’ai promis que je ne parlerai plus de politique jusqu’en juin. Alors, je ne vais pas plus loin.

Je n’ai jamais oublié ma première étreinte. Mais j’ai oublié le prénom de la belle qui avait eu la bonté de consacrer son temps et son corps au boutonneux pas très malin que j’étais. C’est un cruel manque de galanterie de ma part. C’est impardonnable. Si elle écoute Sexigénaires & Cie, je l’invite à me laisser un message personnel sur le site de CFM, la radio qui nous aime.

J’aimerai aussi évoquer une variété d’oubli, l’oubli bienveillant. Le copain qui fait mine de ne pas se souvenir du soir où son pote a vomi devant tout le monde, après avoir montré son cul lors d’une soirée arrosée plus que de raison. L’ami qui ne t’as jamais réclamé le fric qu’il t’a prêté il y a 20 ou 30 ans, lorsque tu traversais une mauvaise passe.

Il y a bien longtemps, ils ont été quelques-uns qui m’ont bien aidé. Soit je les ai perdus de vue, soit ils ont disparu. Mais je n’ai jamais oublié leurs gestes à mon égard. Alors, j’ai trouvé un truc bien pratique. J’ai réglé mes dettes envers eux en rendant des services à d’autres, à chaque fois que j’étais en mesure de le faire. Je pense avoir aussi réglé les intérêts bien au-delà de ce qui était nécessaire. Une transmission, un héritage, en quelque-sorte. Je n’ai jamais oublié ce que je devais aux uns en aidant d’autres.

Ainsi, je pourrai me présenter, serein, le jour fatal, devant les deux Saints patrons des distillateurs de breuvages en tous genres, Saint-Esprit et Saint-Louis en espérant qu’ils examineront mon CV avec bienveillance, et me permettront ainsi d’étancher ma soif pour l’éternité, dans un paradis peuplé d’amitié et de flacons d’exception !

Bonjour chez vous !

UN PEU DE GASTRONOMIE AVEC LA SAUCE POIVROT

Salut les aminches !

Non content d’éclairer ses fidèles lecteurs et auditeurs sur tous les sujets, l’économie, la politique, les subtilités de la langue de bois, ou bien encore les mérites comparés des pneus Goodlin ou Michyear, Hercule vous offre aujourd’hui la recette de la succulente sauce Poivrot. Elle remplace aisément les sempiternels ketchup et autres sauces industrielles.

Les ingrédients :

20 cl de mayonnaise maison

1 cuillerée à soupe rase de persil

1 cuillerée à soupe rase de câpres

1 cuillerée à soupe rase de harissa (ou plus ou moins selon votre appétence au piment)

1 cuillerée à soupe rase de paprika doux

1 cuillerée à soupe rase de ciboulette

2 tours de moulin à poivre

1 échalote

1 – Faire une mayonnaise bien moutardée, à terminer avec un peu de vinaigre de cidre de préférence

2 – hacher le persil, les câpres, la ciboulette, et l’échalote

3 – mélanger tous les ingrédients à la mayonnaise

Quelle utilisation ? Avec de la viande, bien évidemment (mes lecteurs et auditeurs végans vont se faire la valoche, tant pis). Un barbecue, une fondue bourguignonne ou bien alors en filet américain À la dunkerquoise, accompagné de frites et de salade.

Cette recette est simple. On prend la viande de bœuf haché et on la « monte » à la fourchette avec la sauce Poivrot. Vous évitez le hachis de bœuf en barquette des escrocs de la grande distribution. Vous préférerez celui de votre boucher favori préparé à la demande. 120 grammes par personne seront suffisants. On est là pour savourer et non se goinfrer.

Une bonne bière du Nord, Goudale, Grain d’orge ou Trois Monts, cette dernière brassée à Saint-Sylvestre-Cappel, en Flandre française, couronnera le festin.

Ne me remerciez pas et bonjour chez vous !

ROBERT BEAUVAIS, PÉDAGOGUE PRÉCURSEUR DU BLABLA MODERNE

Les fidèles lecteurs de mon blog et auditeurs de Sexigénaires et Cie ont certainement remarqué que j’évoque fréquemment la xyloglossie, terme tout à la fois savant et humoristique pour qualifier la langue de bois. Du grec xylon, le bois et glossa, la langue.

J’avais environ 20 ans quand j’ai découvert, que dis-je ! dévoré le livre de Robert Beauvais, L’hexagonal tel qu’on le parle – 1970, chez Hachette, collection l’humour contemporain.

Aujourd’hui, le terme d’hexagonal n’est plus en vogue. On est revenu au vocable plus ordinaire de langue de bois, telle qu’enseignée à l’ENA et dans les autres grandes écoles et autres conseils d’administration du CAC 40, pratiquée avec assiduité par celles et ceux qui prétendent nous gouverner, ainsi que par tous les justiciables de la correctionnelle issus des classes privilégiées de la société, pris la main dans le pot à confiture. C’est à dire le blabla moderne.

Qui était Robert Beauvais ? Il n’était pas franchement un homme de gauche, loin s’en faut. Il était écrivain, journaliste et homme de radio, entre autres activités, mais surtout, passionné de notre langue et de sémantique. Faut tout de même que je vous dise que les grands que j’admire, c’est Francis Blanche, Pierre Dac, Pierre Desproges, Fernand Reynaud ou Jean Yanne, plutôt que Coluche, même si j’ai une grande affection pour le créateur des Restos du coeur. Ce dernier savait aussi déchiffrer l’hypocrisie dans les moindres recoins où elle se terrait. J’avoue également mon intérêt pour Jean d’Ormesson, Philippe Bouvard ou bien encore Olivier de Kersauzon. Rien à foutre des classifications potiticiennes. Quand ça me fait rire, je me fous d’où ça vient, du moment que le mot d’esprit me touche.

Visionnaire, Robert Beauvais publie donc, en 1970, cet opus sur la langue de bois, sous forme d’un manuel destiné aux masses populaires, afin qu’elles puissent déchiffrer les propos tenus par les classes dominantes (politique, industrielle, financière, liste non limitative).

Sur la 4ème de couverture, on peut lire une première version de l’hexagonal vers le français usité par le pue-la-sueur de base :

« L’alphabétisation est impérative, exonérée et désacralisante. » En français courant : « L’instruction publique est obligatoire, gratuite et laïque. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir cette version hexagonale de l’ami Beauvais, de quelques vers du Cid, de Corneille…

Les vers originaux

Ô rage ! ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !

N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers

Que pour voir un jour flétrir tant de lauriers ?

En hexagonal

Ô stress ! ô breackdown ! ô sénescence aliénante !

N’ai-je donc tant vécu que pour cette perturbation culpabilisante ?

Et n’ai-je donc perduré dans une escalade promotionnelle à vocation martiale

Que pour déboucher sur l’instantanéité de ce degré zéro de l’investiture ?

J’ai perdu ce livre de ma jeunesse, au gré de mes déménagements. Ou alors, je l’ai prêté à je ne sais quelle rencontre de circonstance qui m’avait séduit mais, qui au fond, n’en avait rien à secouer et qui ne m’a jamais rendu cet ouvrage essentiel. Je l’ai retrouvé par la grâce de Saint-Web et je m’en régale de temps à autre, le feuilletant avec délices et en tirant fréquemment inspiration pour mes modestes billets.

Merci à toi, Robert Beauvais, décédé à l’âge de 71 ans à Boulogne-Billancourt. Merci à toi qui, avec d’autres, a été à l’origine de mon scepticisme viscéral et de cet esprit critique qui m’a aidé à survivre, jusqu’à présent. Merci à toi pour ta magistrale leçon de blablatisme.

Pour terminer ce billet, je vous invite à écouter cette ch’tite chanson du duo Albin de la Simone et Emiliana Torigni, « Moi, moi, blablabla… »

https://www.youtube.com/watch?v=uXtP8Mmj90g

DANS LA PEAU D’UN MILITANT DES RÉPUBLICAINS

Abel contre Caïn ? Pompée versus Brutus ? Les LR, c’est le souk, en ce moment. Je n’y comprends que pouic. Je me suis dit que, pour piger ce qui s’y passe, il fallait que je me mette dans la peau d’un militant LR puisqu’il paraît qu’il y a des militants chez LR. J’ai donc essayé un truc. Comme dans le bouquin de Stevenson, je me suis préparé une potion à base de Champagne, cidre, whisky et Kir. Il paraît que ce sont les boissons préférées des électeurs LR. Je l’ai bue d’un trait. C’était parfaitement dégueulasse. Puis je me suis mis dans l’ambiance.

Je me suis branché sur RTL pour m’imprégner du catéchisme libéral de François Langlet, le journaliste économiste chauve qui n’a jamais fait d’études d’économie, mais que les ménagères de plus de 50 ans aiment bien, parce-qu’il balance des énormités avec un bel aplomb.

Puis j’ai surfé sur les sites internet des LR, des jeunes de LR, car il y a des jeunes chez LR. Les jeunes de LR, ils aiment bien Nathalie Kosciusko-Morizet, même si elle a disparu des radars depuis l’élection d’Emmanuel 1er. Moi aussi je l’aime bien NKM. Elle est toujours tirée à quatre épingles, elle minaude comme nulle autre pareil en débitant des lieux communs comme des sentences définitives.

Après, sur youtube, j’ai écouté Doc Gynéco, Michel Sardou, Chimène Badi, Mireille Mathieu, Didier Barbelivien, Faudel et Johnny Hallyday pour m’imprégner de l’idéologie des LR. Et c’est en tendant l’oreille vers les chuchotements inintelligibles de Carla Bruni, la chanteuse atteinte d’aphonie dégénérative, que c’est arrivé. La potion faisait enfin son effet !

Vers 13 heures, j’ai été pris de convulsions, comme dans le film, Dr Jekyll et Mister Hyde, la version de 1941 de Victor Fleming, avec Spencer Tracy, la meilleure. C’est dommage que CFM ne soit pas une radio en couleur, c’était spectaculaire ! Mais je digresse.

Quand je repris conscience, je me suis senti tout drôle. Je me suis mis à hurler « Wauquiez président ! » Heureusement que ma femme n’était pas là, elle qui s’inquiète pour un rien dès qu’il s’agit de ma santé. Haletant, hébété, je me relevais, tout flagada. D’un pas hésitant, je me suis dirigé vers le miroir de la chambre. Il me renvoya une nouvelle image : les cheveux coupés courts, la barbe rasée de près, un loden, costume trois pièces, nœud papillon et une paire de richelieus cirée miroir aux pieds. De plus, j’avais un regard carnassier que je ne me connaissais pas. Ça y est, j’étais de droite, décomplexé.

Une fois essuyé le reste de bave aux coin de mes lèvres, je suis sorti tester ma nouvelle personnalité. Chez le marchand de journaux, j’ai acheté le Figaro, en doublant le troupeau de péquenauds qui faisait la queue, certainement des bolcheviques chômeurs feignants, gavés d’aides sociales ces profiteurs ! Je l’ai dévoré avant d’aller à la messe à Saint Nicolas du Chardonnet, en taxi. Pas question de respirer les miasmes des pue-la-sueur dans le métro. En sortant de l’église, j’ai discuté avec plaisir avec les vieilles à bas de contention et les vieux qui sentaient tout à la fois l’encaustique et l’eau de cologne.

À midi, affamé, je me suis jeté sur la tête de veau au Procope, arrosée d’un bon Côtes du Jura. Un peu éméché, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai sauté dans un uber pour rejoindre la banlieue z’en difficulté la plus proche pour y exhiber, de façon ostentatoire un pain au chocolat acheté chez Lenôtre (j’avais lu, dans le Figaro que c’est là qu’on y trouve les meilleurs). Mais une fois arrivé sur place, il n’y avait personne. Je suis donc rentré chez moi.

À 20H, j’ai mis TF1, la société de communication des LR depuis que Bygmalion a fait faillite, car Wauquiez devait y passer comme quasiment chaque semaine, vu qu’il y est chez lui. Dès qu’il est apparu à l’écran, en forme comme jamais, le verbe démagogique comme lui seul en a le secret, les convulsions sont revenues. J’ai bien essayé de me lever, mais je me suis évanoui. C’est ma femme qui, rentrant de chez sa sœur qui m’a réveillé, « ça serait bien que tu arrêtes de boire… » Même quand elle me fait des reproches, elle me parle toujours avec affection, ce qui est pire que si elle m’aboyait dessus… Mais je digresse.

Aussi sec, je me suis rendu devant le miroir. J’avais repris apparence humaine. Ma bedaine, mon jean éculé et mon vieux pull mité, les cheveux hirsutes et la barbe de trois jours. J’ai balancé le pain au chocolat et le Figaro à la poubelle et me suis définitivement interdit de recommencer l’expérience. Et je n’ai toujours rien compris à ce qui se passe chez les LR…